 Voilà, si c'est ok pour vous, je vous redemande de me confirmer que c'est d'accord pour enregistrer cet entretien, dans le cadre que vous m'expliquez. C'est d'accord pour cet enregistrement. Je vous remercie. Alors, sans rentrer dans les détails, avant le suicide de Louis, vous m'autorisez à… Oui, bien sûr, au contraire, bien sûr. Eh bien, parfait. Merci. Après le suicide de Louis, est-ce que vous aviez connu des deuils ou des événements particulièrement douloureux ? Jamais. Jamais. Il y avait eu des deuils d'un beau-père, mais qui était une personne âgée, d'un oncle qui était âgé. Mais je n'étais pas du tout confrontée ni à la maladie, ni à la mort, ni même au deuil, non, du tout. Du tout. C'est un sentiment que l'on ne connaissait pas en fait. Oui. Et donc aujourd'hui, si on peut parler un peu du deuil, est-ce que vous pouvez m'en parler un petit peu, justement, du deuil ? Le deuil, c'est un chemin de… C'est un bon chemin d'acceptation, de questionnement, d'acceptation et de, peut-être, reconstruction, je ne sais pas. Je pourrais presque assimiler cela. Je n'ai jamais été malade non plus, mais peut-être à une maladie très, très grave qu'on aurait, par un cancer, quelque chose. Et on cherche à se réparer pour avancer. Et oui, je le vis comme cela en fait. Je le vis comme quelque chose de… Oui, c'est cela comme quelque chose, au-delà que ce soit mon fils, mais comme une grande douleur en fait, quelque chose qui me terrasse. Et il faut que je me relève, quoi. Il faut que je me relève de tous les moyens, par l'accompagnement de proches, de gens d'amis, de gens à l'écoute bienveillants, qui prennent soin de moi. Par l'aide de Psy, en fait, aussi, parce que j'ai fait de l'EMR, c'est comme cela qu'on dit, de l'EMR. L'EMD, peut-être ? L'EMDR, pardon, l'EMDR. Et puis là, je suis passée sur une aide médicamenteuse, parce qu'en fait, je ne m'en sors pas. Et j'ai admis que je ne m'en sortirais pas, en fait, sans cette aide. Donc voilà, le deuil, c'est un fardeau, c'est quelque chose de très lourd à porter, qu'on ne peut pas partager forcément. Je me sens assez seule, en fait. Est-ce que vous pourriez me raconter ce que vous avez vécu ? Ce n'est pas tant les détails de l'événement, évidemment, qui m'intéressent. Ça, c'est votre histoire intime, personnelle, mais c'est plutôt comment vous l'avez vécu. C'est ce qui est important pour vous. Racontez-moi ce qui est important pour vous de me raconter. Tout est en lien avec la façon dont Louis est mort, en fait. Parce que c'est un deuil, j'imagine qu'un deuil d'un être cher suite à maladie ou suite à accident. J'imagine que le deuil doit être différent, même si le résultat est le même, c'est-à-dire qu'il y a le manque, il y a l'absence. Mais au-delà de ça, le deuil suite à suicide, c'est quelque chose, dans mon cas précis, parce qu'il y a des cas certainement différents, mais dans mon cas, c'est quelque chose de pas du tout envisagé, pas du tout imaginé, surtout quelqu'un de jeune. Donc je suis passée dans cette étape de deuil. Forcément, je suis passée par des tas de stades, des stades d'effondrement, de questionnement, d'enquête pour comprendre, d'admettre que je ne comprendrai jamais. Et aujourd'hui, là, ça fait 16 mois, et aujourd'hui, je suis plus à essayer de dompter l'absence. L'absence, il manque, en fait. Voilà, je sais que c'est un chemin qui est long, qui est très long, et j'ai surtout le sentiment que même si... Je sais que j'en guérirais pas, mais j'imagine qu'un jour ça ira mieux, et peut-être que j'espère que je pourrai être mieux. Mais aujourd'hui, c'est trop récent, aujourd'hui. Donc voilà, le deuil, c'est quelque chose de très très personnel, en fait. Ce qu'on porte, c'est comme une... Je sais pas, comme une... Ouais, quelque chose d'interne, comme une blessure interne, qui se voit pas. On ne sait pas, c'est mon visage. Ça se voit pas, mais c'est un mal qui ronge, qui ronge de l'intérieur. Vous avez parlé des étapes, des stades, l'effondrement, l'enquête aussi, le questionnement. J'imagine que dans le cas précis, il y a eu une enquête aussi officielle. Oui, il y a eu une enquête, parce que c'était par arme à feu, et puis avec son arme, le service sur son lieu de travail. Donc oui, il y a eu une enquête, il y a eu une autopsie, donc c'est plein d'images que je ne connais pas, que j'imagine. Et le fait de ne pas avoir ces images, en fait, il manque des maillons, il me manque des étapes. Il me manque, je ne sais pas, si Louis a mis longtemps à mourir, par exemple. C'est le chat. Je ne sais pas si Louis a mis longtemps entre le moment où il a tiré la balle et le moment où il est vraiment mort. Je ne sais pas si ça a duré cinq minutes, dix minutes. Je ne sais pas du tout ça. Il me manque des choses, en fait. C'est peut-être ça qui me torture aussi. Je ne sais pas si ça m'aiderait de le savoir. On ne sait pas tout, en fait. Je ne sais pas tout. Ne serait-ce que même l'Institut médico-légal où il était, j'aurais aimé le voir, l'Institut médico-légal, pour me rendre compte où était mis mon fils. Voilà, en fait, c'est dans cette étape de deuil, en fait, tous les petits maillons, comme ça, qui me manquent à partir... Une fois que je vais récupérer son corps, parce que ça a mis du temps, une fois que je vais récupérer son corps, après, ça va parce que j'ai tout. Et tout ce qui s'est passé avant, je ne l'ai pas. Et ça, dans le deuil, c'est difficile. C'est des choses qui me hantent, mais auxquelles je pense régulièrement, quand même. J'ai voulu voir où ça s'était passé, exactement l'endroit où il était tombé. Exactement. J'ai voulu vraiment marcher dans ses papes, dire du moment où il est sorti de son logement, jusqu'au moment où il a commis ce geste. J'ai voulu le refaire. Les gendarmes ont été formidables. Ils m'ont montré comment ça s'est passé, exactement, jusqu'à l'impact de la balle dans le mur. C'était important. C'était le début du scénario. Mais après, lui tombe et je ne sais pas ce qui se passe, si ce n'est qu'il part à l'IML, qu'il s'autopsie, et je récupère son corps. Dans le deuil, j'aurais voulu être à côté, en fait. J'aurais voulu vivre chaque étape. Pour bien comprendre, parce que je ne suis pas familière avec ça, vous n'avez pas pu avoir accès à l'IML. Vous n'avez pas pu aller à l'IML. Je suis dans Lyon, à Auxerre. Louis était affecté à côté de Bourges. C'est pas très mal d'ici, une heure et quart, peut-être. Et il a été emmené à l'IML de Tours. Ce n'était pas à côté. La question, c'est de savoir si j'allais y aller. Ils m'ont vraiment déconseillé d'y aller. Même les enquêteurs m'ont dit que ça n'apporterait rien d'y aller. Et je crois que j'étais tellement sous le choc que finalement, je ne me suis plus trop posée la question de savoir. Je voulais surtout le récupérer. Je ne sais pas si... Je ne sais pas. J'aurais peut-être dû y aller. Je ne sais pas. Mais je voulais le récupérer, surtout. Je voulais le récupérer. Je voulais le voir. Et vous n'avez donc pas eu accès aux rapports d'autopsie, non plus ? Non. Non, les enquêteurs sont revenus après à la maison me donner les conclusions du rapport d'autopsie. Mais je n'ai pas eu de rapport écrit de l'autopsie. Donc après, je savais qu'il n'y avait aucun doute sur le fait que c'était lui qui avait commis le geste. Je savais que Louis ne se droguait pas. Je savais qu'il ne buvait pas. Donc l'enquête a confirmé tout ça, que c'était vraiment un geste. C'était bien lui qui avait commis ce geste parce qu'il était en présence d'autres personnes. Et voilà. Donc après, le contraint d'huile d'autopsie, finalement, ça aurait peut-être été... Je ne sais pas. Quand ils m'ont dit qu'il me donnerait simplement les conclusions, ça m'a convaincue, en fait. Tout à l'heure, vous m'avez dit que Louis ne laissait rien paraître. Non. Non, non. C'était un jeune homme plutôt joyeux, plutôt drôle, qui avait beaucoup d'humour, qui aimait beaucoup rire. Voilà, 48 heures avant, il chantait encore ici à la maison. Je l'ai même filmé encore ici, il chantait. Il était très drôle. La semaine qui a précédé, quand même, son geste, cinq jours avant, parce qu'en fait, il a eu son diplôme, il est revenu une semaine à la maison, puis il est parti rejoindre son affectation. Et donc la semaine où il était à la maison, il y a eu un jour où le soir, il n'était pas bien. Et il n'était pas très calin, donc il n'était pas quelqu'un à me prendre dans les bras ou quoi. Et ce jour-là, il n'était pas bien. J'ai vu qu'il n'était pas bien, je l'ai pris contre moi et il a pleuré contre moi. Ce qu'il ne faisait jamais. Jamais. Et il ne disait rien, en fait. Donc moi, j'ai parlé pour lui. Il en venait de neuf mois de formation. Il avait vécu en vas-clos avec ses camarades ou formé une famille, en fait. Et puis je l'ai pris plus pour, quand il est revenu, ce moment de creux de vagues, je l'ai pris un peu comme une dépression. Voilà, le retour. Et puis avant de prendre son poste, un petit peu de l'angoisse et je l'ai rassuré. Mais je n'imaginais pas que finalement, c'était peut-être plus grave et qu'il n'arrivait pas à me le dire, en fait. C'était un gamin tellement joyeux. Mais je crois que je vous l'avais dit, il nous a laissé une lettre aussi, Louis. Il nous a laissé une grande lettre où il dit quand même qu'il vit derrière un masque, un masque de quelqu'un qui rit. Comment vous l'interprétez ? Comment je l'interprète, je ne sais pas. Je ne sais pas, il n'a jamais voulu montrer. Certainement pour me protéger parce qu'il vivait avec moi, en fait. Il voyait un peu son papa, mais pas autant que moi. Et je pense que, je ne sais pas, par protection, je l'imagine comme ça. Je pense qu'il avait pris l'habitude aussi de ne pas dire qu'il n'était pas bien et qu'il n'arrivait certainement pas à comprendre pourquoi il n'était pas bien. Et peut-être que je n'ai pas été réceptive les fois où il n'était pas bien. Je voyais bien que des fois, il n'était pas trop en forme, mais comme tout le monde, on a le droit de ne pas être en forme certains jours, de ne pas toujours avoir envie de se rigoler. Je ne sais pas, peut-être qu'il voulait me faire plaisir. On était très proches. Certains diraient peut-être qu'on était fusionnels. Je ne sais pas si on était fusionnels. Je ne sais pas ce que ça veut dire fusionnels. Peut-être qu'il ne voulait pas me faire de peine. Peut-être. Vous pourriez me parler un peu plus de votre relation ? On adorait être ensemble en fait. Après lui, il avait ses copains, il avait ses activités. On se mit beaucoup. Ce n'est pas notre relation. Il me chavutait beaucoup. Il était vraiment gentil avec moi. Je ne sais pas. Le vendredi soir, on avait pris l'habitude. On se disait chouette ce soir. On se faisait un petit apéro. On allait chercher des petits trucs. On se faisait notre petit apéro le soir. C'était le vendredi soir. Je ne sais pas. C'était mon fils, mais c'était quelqu'un qui prenait beaucoup de place dans la maison en fait. Il prenait beaucoup de place dans ma vie parce qu'il était solaire en fait. Et aujourd'hui, votre relation ? Vous pourriez m'en parler un peu ? Ma relation avec Louis. À quelle fréquence peut-être vous pensez à lui ? Alors, j'y ai pensé. J'ai bien pensé que vous allez me demander. À chaque heure, j'ai l'impression d'y penser tout le temps. Alors, je ne veux pas y penser tout le temps, mais j'ai cette impression d'y penser tout le temps en fait. Après, quand je suis au travail, je ne pense pas tout le temps, mais dès que j'ai fini ma journée de travail, dès que je remonte dans ma voiture en fait, je pense. Parce que j'en retrouve ma vie. Je reviens dans la réalité. Le travail, ce n'est pas la réalité. C'est une façade. C'est aussi une forme de masque. Et oui, je pense beaucoup. Dès que je rentre en fait, il m'arrive encore de me dire. Loulou, je suis rentrée. Je le salue tous les soirs. Je le parle. J'ai des photos. Je le parle. Je le parle beaucoup en fait. Je le parle beaucoup en fait. Je pense tout le temps parce que je travaille, mais dès que je ne travaille pas... Oh Lyoko ! Le chat qui fait des bêtises. Dès que je suis seule en fait, dès que je suis chez moi, c'est Malouille avec moi tout le temps en fait. Je n'ai rien touché dans sa chambre. Sa chambre est intacte. Avec ces affaires que j'ai ramenées de la gendarmerie, je n'ai rien pu toucher en fait. Et là, je n'en suis pas capable en fait. Parce qu'il a dit des choses chouettes dans sa lettre. Des choses où il nous demande de continuer à vivre. Il nous autorise à être heureux en fait après son départ. Mais voilà, pour l'instant, c'est trop tout. Même si je peux avoir une vie, quelqu'un qui ne sait pas ne soupçonne pas ce que je traverse. Parce que j'arrive à travailler, aller à des concerts, le cinéma, faire des choses. Mais voilà, c'est toujours avec... C'est toujours en façade en fait. Tout est en façade. Je me force pour tout. Je m'oblige à tout. Tout demande un effort en fait. Dès que ce n'est pas obligatoire, je ne vais pas le faire. Mais je m'efforce justement de retrouver une vie, de sortir un petit peu, de voir du monde, de voir de mon travail. Et ça me coûte beaucoup. J'ai toujours plus hâte de rentrer en fait. Est-ce qu'il y a des pensées ou des images qui vous reviennent régulièrement au sujet de Louis, ou quand vous lui parlez, est-ce qu'il y a des choses qui reviennent souvent ? Les choses redondantes non, pas spécialement. Ça va être des souvenirs. Non, il n'y a rien de vraiment redondant. En fait, j'ai très peur d'oublier. J'ai très peur d'oublier. Ça, c'est certain. Et c'est peut-être pour ça que je continue à dire bonjour loulou. Quand je rentre, des fois je m'oblige à le réimaginer en sortant de sa chambre, en la cuisine. J'ai très peur d'oublier des moments du quotidien. Donc c'est comme si je m'obligeais aussi à me remémorer des choses. Mais sinon, non, c'est vraiment des souvenirs de plein de choses, de plein de choses. Voilà, non, c'est plein de souvenirs en fait. Plutôt de sa vie récente, pas tellement de sa petite enfance, mais plutôt des dernières années. Des trois, quatre dernières années. C'est plutôt quelque chose de plus récent en fait. Tout ce qu'on a pu faire aussi. Je crois voir, vous souriez quand vous en parlez. Est-ce que c'est des souvenirs heureux ? Oui, j'ai que des souvenirs heureux. Et qu'est-ce que vous ressentez quand vous remémorez tout ça ? C'est de la joie. En fait, c'est curieux parce qu'avant le départ de Louis, et bien que je n'ai jamais été confrontée à la disparition de quelqu'un de cher, j'ai toujours eu conscience que la vie était courte. C'est curieux, c'est quelque chose que j'amoure. J'ai toujours eu cette sensation que la vie était courte et qu'il fallait profiter des instants, qu'il fallait se créer des moments de joie et de se créer des souvenirs. C'est important. Du coup, on a toujours fait beaucoup de choses avec Louis et Marion, qui est associée. Louis vive avec moi, mais Marion était associée dans beaucoup de choses. Et on a fait plein de choses ensemble. Que ce soit des voyages, que ce soit des choses simples. Mais on ne s'est jamais privés. Et même si j'étais fatiguée, Louis aimait bien jouer au billard encore le vendredi soir, trois jours avant de mourir. Il m'a dit qu'il ne pouvait pas faire le billard. J'étais crevée. Je lui ai dit qu'il allait faire le billard. Je me suis toujours dit qu'il faut attraper les moments quand ils se présentent. Il ne faut pas attendre d'avoir des regrets. Je pense à tous ces moments qu'on a vécu ensemble. J'ai le sourire parce que c'était des beaux moments. C'était des super moments. Quelle joie, quelle chance. Quelle chance, j'ai eu de les vivre. Ça, ça me nourrit beaucoup. J'ai eu vraiment cette chance. Ça me nourrit beaucoup. C'est pour ça que j'ai le sourire parce que j'aime bien y repenser. C'est chouette. J'ai beaucoup de chance. C'est une force pour vous. Une force que vous aviez depuis toujours si j'entends bien. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je n'ai jamais voulu passer à côté des choses. Que ce soit avec mes enfants ou de ma vie. Si c'est le moment de faire les choses, il faut les faire. Aujourd'hui, heureusement que j'ai été comme ça. Que j'ai profité de tous ces moments. Que je n'ai pas attendu de dire oui, on fera ça plus tard. Ou oui, on verra. Non. On l'est fait maintenant. Allez. Ça me nourrit beaucoup. Inouïe dans sa lettre, il le dit d'ailleurs. Il le dit que de mémoire, il n'a pas un seul mauvais souvenir. C'est chouette aussi. Parce que forcément, dans un deuil par suicide, il y a un sentiment de culpabilité qui est énorme. Parce que j'ai forcément raté des choses. Raté des choses que je n'ai pas vues ou je ne sais pas. Quand il écrit qu'il n'a jamais eu un seul mauvais moment, j'ai tendance à le croire. Et que s'il a eu des mauvais moments, ce n'était pas de mon fait ou du fait de ses parents. Ça m'a basée un peu. Et ce serait quoi les mots les plus justes pour décrire ce que vous avez vécu ? Une relation. J'ai eu une relation avec Louis. Magnifique. Ça va être très banal ce que je vais vous dire. Magnifique. En fait, j'ai eu une relation avec Louis. Magnifique. Magnifique. Remplie. Je souhaiterais à tout le monde d'avoir... Voilà, je souhaite, voilà, c'est ça. Si je n'ai pas les mots, je peux le dire comme ça. Que je souhaiterais à tout le monde d'avoir cette relation avec ses enfants. Parce que vous pouvez parler de tout. Sauf de ce qu'il ne voulait pas me parler. Je ne savais pas. Il était ouvert sur plein de choses. Du coup, c'est difficile de dire comment je peux décrire qu'un mot peut décrire cette relation. Il n'y avait pas de manque, si vous voulez, dans cette relation. C'était une relation complète. Tout y était. Je vous remercie. C'est une question que je m'imagine être très difficile. Vous me dites si vous ne voulez pas y répondre. Comment vous représentez le suicide ? L'événement ? Comment je me le représente dans le scénario ? Quelle perception vous en avez ? J'imagine que c'est lié aussi au contexte. Je ne sais pas. Je vous laisse me dire ce qui est important pour vous par rapport à ça. Je le ressens comme le suicide. Comme un grand moment d'un moment puissant de solitude. D'abandon de sa conscience. D'abandon de conscience. Comme une scission de l'esprit. Une séparation de l'esprit rationnel. C'est-à-dire son travail, sa petite chérie qui l'adorait, sa famille. Tout ce qu'il aimait dans la vie. Je le vois vraiment comme ça. Comme une rupture. Et plus rien n'existe en fait. Il reste juste une souffrance. Il reste une souffrance qui ne peut pas être guérie, qui ne peut pas être apaisée. Et le suicide vient écraser cette souffrance, vient supprimer cette souffrance. Je le vois vraiment comme ça. Ce qui est très étonnant, c'est que Louis, à 7 heures, il a copié son geste le matin de bonne heure. Mais sa lettre, il l'a écrite la veille au soir. Et je le sais parce que elle est datée de la veille. Mais avant d'écrire sa lettre, il a enregistré des messages audio sur son téléphone qui sont entrecoupés. Il y en a cinq entrecoupés d'une minute, de quelques secondes entre chaque. Ces messages reprennent vraiment les termes de sa lettre. Peut-être qu'il ne pensait pas l'écrire. Et ces messages sont datés de la veille au soir à 18h30. Et je me dis, il s'est passé toute la nuit, il a répondu à un de mes SMS le soir après ses enregistrements. C'est compliqué. Il a basculé dans autre chose. Il a pris cette décision. Il a abandonné. Je ne sais pas si c'est un choix. Il a trouvé une solution pour ne plus s'offrir. Quand il enregistre ses messages, il pleure un peu, il a un peu des sanglots. Comme on pourrait se parler là. C'est en cela que je me dis que son cerveau, il a basculé dans autre chose. C'était une forme de soulagement. Il allait arrêter de souffrir. Et sa lettre est bien écrite. Ses messages sont clairs. Il n'y a rien de confus. C'est très posé. C'est très organisé. Il remercie. Il l'embrasse plein de gens. Il cite plein de noms. Il pense à ce que va devenir son corps. Il souhaite faire don de ses organes. Ce qui n'a pas été possible. Il souhaite faire don de ses organes. Il parle de ses funérailles. Si c'est possible, j'aimerais être incinérée. Vous voyez, c'est très... Je ne sais pas. Je me dis qu'il faut que le cerveau, pour écrire des choses comme ça, sans être pris par la conscience. Qu'est-ce que je suis en train de faire ? C'est que vraiment il y a eu un basculement. Voilà l'action du suicide dans le cas de Louis. C'était quelque chose de très posé, de très réfléchi et malgré tout réfléchi, mais je pense quand même qu'il y a eu quelque chose au niveau de son esprit qui a basculé. La lettre, vous pouvez m'en parler un peu ? Comment vous l'avez reçue ? La lettre, je ne l'ai pas récupérée tout de suite. Pendant deux, trois jours, on savait simplement que Louis avait laissé un écrit, mais on ne savait pas du tout quoi les gendarmes voulaient pas nous dire. Ils voulaient pas nous dire. Du même qu'ils voulaient pas nous dire, j'ai su qu'il s'était suicidé avec son arme, mais je ne savais pas où. Je l'ai su peut-être au bout de deux ou trois jours. C'est le colonel que j'ai eu au téléphone plusieurs fois, et il a senti qu'il y avait une relation de confiance, mais que j'étais capable d'entendre ce genre de choses. C'était important de savoir où s'était tiré le mal. C'était dans le cœur, je ne savais pas du tout. On savait qu'il avait laissé un écrit, et je me rappelle de Marion qui me disait « Maman, si ça se peut, il a juste écrit au rouloir. » On a eu la lettre au bout… D'abord, je l'ai eu par off-photo sur le téléphone, et je l'ai eu peut-être au bout de cinq jours. Et là, j'ai remercié de lui. Vraiment, je l'ai remercié pour cette longue lettre et belle lettre qui repart de son enfance jusqu'à aujourd'hui, où il n'oublie personne, où il est gentil, où il pense à nous, avant de penser à lui, parce qu'il s'est dit « Moi, je m'en vais, mais vous, vous êtes là, et je sais que ça va être dur, je sais que j'impacte vous, oui, mais voilà, je vous demande d'avancer, de continuer ». Donc, elle était belle, sa lettre. Elle était très belle, et elle était à son image, en fait. Elle était vraiment à son image. Voilà, la lettre, elle est super, elle est formidable. Je n'ai pas pu garder l'original, mais j'en ai une copie, ou après avoir l'original, ça aurait changé. Et aujourd'hui, du fait que ça vous arrive, comment vous vous percevez ? Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir un statut particulier ? Certaines personnes vont même me dire qu'elles éprouvent le besoin d'être nommées avec un mot particulier, parce qu'il n'y a pas de mot particulier dans la langue française, en fait. Par exemple, on parle des orphelins qui perdent leurs parents, il y a un mot, mais pour cet événement-là, le deuil après suicide, il n'y a pas de mot, un seul mot. Et la question que je me suis posée, c'est est-ce qu'il y a un besoin ? Non. À mon sens, il n'y a pas besoin de nommer les choses, parce que c'est quelque chose de très privé, qui m'appartient. Et ça ne me gêne pas de ne pas être nommée, de ne pas être dans une case d'un veuf ou d'un orphelin. Ça ne me gêne pas qu'il n'y ait pas de mot qui existe dans la langue française pour ça. C'est mon histoire à moi et c'est tellement impossible à imaginer qu'on puisse perdre son enfance. C'est peut-être pour ça qu'il n'y a pas de mot qui existe dans la langue, parce que c'est pas concevable. C'est pas concevable. Donc non, ça ne me gêne pas. Et quand j'ai repris le travail, j'ai mes amis du travail, qui venaient me voir, et elles me demandaient au travail comment je tue, à se poser des questions. Je leur disais surtout ne me regardez pas comme une maman qui a perdu son enfant. Je ne veux pas ça. Et donc voilà. C'est aussi pour ça que j'en parle pas et autant c'est vrai que les premières semaines, on en parle beaucoup, énormément. Maintenant, je me réapproprie en fait cet événement où je n'ai plus envie d'en parler avec quiconque. Même aller sur sa tombe, j'y vais seule, même ne serait-ce avec mes parents. Je suis simplement avec ma fille, on y est allé toutes les deux pour l'anniversaire de Louis, mais elle y est allée seule aussi. Je veux me réapproprier parce qu'on en parle énormément les premiers temps. Maintenant, je me réapproprie cet événement et je le garde pour moi. On n'a pas beaucoup parlé encore de votre entourage. Comment votre entourage a réagi ? Marion, le monde s'est effondré pour elle. Elle était très proche de son petit frère. Très proche. Pour le coup, ils n'étaient pas fusionnels, mais ils étaient très proches. Ils avaient six ans d'écart, avec leur langage. Quand ils étaient ensemble, je n'existais plus, ils étaient tous les deux dans leur mule. Ils s'aimaient vraiment beaucoup. Marion, le monde s'est creulé pour elle. Pour mes parents, ça a été très difficile. Je ne sais pas trop de soutien de ma mère. Elle m'a dit des choses qui m'ont fait mal, mais plus par maladresse. Parce qu'elle n'est pas méchante. Plus par maladresse. Très rapidement, elle m'appelait avec une voix très enjouée. Elle m'a pas trop aidée. Elle est de 46 ans. Elle a 77 ans. Mon papa est de 42 ans. Il va avoir 82 ans cette année. Mon papa a fait un drame AVC il y a quelques années, il y a 10 ans. Il souffre d'aphasie. Il a du mal à s'exprimer. Il comprend bien les choses. Dans sa tête, il s'exprime bien. C'est juste les mots qui n'arrivent pas à sortir comme il voudrait. Ça a été terrible pour mon papa. Il était très fier de son petit-fils. Quand Louis est rentré de l'école des gendarmeries, on avait organisé un goûter au jardin. Il y avait ses grands-parents, mon papa, ma maman et papa et maman. Louis leur a fait la surprise de venir. On a fait plein de photos. Mon papa adorait son petit-fils. Il était très fier de son petit-fils. Il l'aimait énormément. Ça a été très dur pour papa. Mais il lui manque les mots pour me soutenir. Ça va être plus dans la geste et dans les yeux. Ses amis, ça a été terrible. La famille, ça a été terrible. Ses anciens collègues de travail, ça a été terrible. Il y avait vraiment de fous à ses obstacles. C'était un bel hommage. Il a eu de très beaux hommages. C'était un petit soleil. C'était un soleil. Pour tout le monde, c'était difficile. C'est difficile pour sa petite chérie. À quel point vous vous êtes sentie soutenue ? À quel point ? J'ai ma belle-mère, la femme de mon papa, qui m'a beaucoup soutenue. J'ai deux amis très proches. C'est pas facile pour les gens autour. C'est difficile. C'est difficile parce qu'on ne sait pas quoi dire, parce qu'on ne sait pas quoi faire, parce que ce n'est pas quelque chose qui va guérir. J'ai été bien soutenue. J'ai beaucoup de chance. J'ai été vraiment bien soutenue. J'ai été très soutenue. Sur une échelle de 10, j'ai été soutenue à 10. Par mes collègues, par mon directeur, c'était vraiment top. Qu'est-ce qui vous a permis d'avancer ? Qu'est-ce qui vous permet encore d'avancer ? Il y a eu ce soutien ? Le soutien, je pense que c'est le soutien, et surtout parce qu'il y a Marion, parce qu'il y a ma fille qui est là. C'était mon moteur. Parce que je ne pouvais pas m'effondrer. Il fallait que je sois là pour elle. On a passé beaucoup de temps ensemble. Elle a passé 3 mois à être vraiment beaucoup ensemble. Elle n'habite pas très loin de chez moi. À l'époque, elle changeait du travail. Elle ne travaillait pas. On a passé beaucoup de temps ensemble. Parce que sans elle, je ne serais peut-être pas à la propre niveau. C'était l'unique raison, en fait, franchement, c'était l'unique raison de me battre. C'était vraiment... Dans un deuil comme ça, la vie n'a plus de sens, en fait. Parce que non seulement on perd un être cher, mais on renonce aussi au parcours de sa vie. On renonce à une forme de projection qu'on a faite pour le futur. On imagine ses enfants grandir, peut-être être parents un jour, donc devenir un grand-parent. En fait, il faut renoncer à tout ça. Et c'est ça qui est difficile. De la perte de l'être cher, il faut se dire que ma vie aussi ne sera pas celle que j'imaginais et ne sera jamais ce que j'avais envisagé. Je me suis un peu égarée, mais c'est ça. Ce qui m'a fait tenir, c'est Marion, qui m'a redonné l'énergie. C'est pour ça qu'il fallait que je m'en sorte et que je continue à avancer. C'était vraiment l'unique motivation. C'était ma pie. Tout à l'heure, vous avez dit y retrouver une vie, c'est coûteux. Et c'est ce que vous essayez de faire, ce que vous m'avez un peu expliqué. Vous pouvez m'en parler un peu plus ? Oui, je me réinscris dans une vie sociale à peu près, même si je n'ai plus du tout envie de faire la même chose qu'avant. J'ai besoin de beaucoup plus de calme, de tranquillité. Je n'ai plus envie d'endroits bruyants. S'il y a quelque chose qui me touche vraiment comme un concert, je vais le faire avec la personne choisie pour aller voir quelque chose et partager ce moment avec moi. Mais c'est toujours quelque chose de planifié dans le temps. C'est-à-dire dans un mois, dans deux mois, je vais faire ça. Mais le jour J, je n'ai jamais envie de le faire. Ça me coûte beaucoup. Tout me coûte. Je suis contente, mais tout demande un effort. L'état d'épuisement, tout demande un effort. Dans le deuil, il y a aussi le cerveau qui est quand même abîmé. J'ai des gros problèmes de concentration, des problèmes de mémoire importants où je suis capable de ne pas me rappeler des choses qui sont arrivées la semaine précédente. Tout ça aussi, c'est une découverte pour moi. C'est une découverte qui me rappelait vraiment des choses qui te défilent, qui sont plutôt dans le contrôle, dans l'énergie, dans la mémorisation. Et là, même dans des souvenirs avec mes amis, j'ai oublié plein de choses. J'ai même des amis qui me disent tu te souviens l'année dernière ou il y a deux ans, ou alors on était allés là avec Louis, on avait fait ça. Je ne me rappelle de rien. J'ai la mémoire et j'ai l'impression qu'il y a une partie du disque dur qui a été écrasée. Il y a des grands problèmes de concentration ici. Le bruit, surtout. Peut-être presque les gens heureux, en fait. Oui, je comprends. Ça m'ennuie un peu, les gens heureux. J'aime bien rigoler. Je suis encore capable de bien rigoler. Mais pas trop longtemps. Moi, longtemps qu'avant. La réalité m'arrêtera vite. Qu'est-ce qui d'autre a changé dans votre vision du monde, dans le regard que vous avez sur ce qui est autour ? Ce qui a changé, c'est que le rien est important, en fait. Aujourd'hui, il n'y a plus rien. La seule chose qui est importante, c'est ma grande fille, qu'elle soit en bonne santé, qu'elle soit en sécurité, qu'elle a son sort, que son travail lui plaise. Au moins, il n'y a plus rien d'important. Il n'y a plus rien de grave, en fait. Il n'y a plus rien de grave. Quand on dit qu'il y a une prise de recul, une grosse prise de recul, il n'y a vraiment plus rien de grave. J'ai l'impression qu'il n'y a plus rien qui m'atteint. Il se passe des guerres, des choses terribles. Je compatis. Ça me rend triste. Je trouve ça terrible, mais j'ai l'impression qu'il n'y a plus rien qui m'atteint. J'ai même l'impression que le jour où mes parents sont partis, j'ai tellement atteint un degré de tristesse et de monstruosité dans cet événement que j'ai l'impression qu'aujourd'hui, hormis ce qui pourrait arriver à ma fille, il n'y a plus rien d'important. Et je relativise beaucoup. Avant, c'est ce que je disais, j'étais beaucoup dans le contrôle des choses, surtout par le boulot, dans l'exigence, le contrôle, le machin. Aujourd'hui, dans ma tête, je me dis que je m'en fous. Ce n'est pas grave. Mais qu'est-ce qui peut m'arriver de plus grave ? Rien. Il y a vraiment une prise de recul terrible. Terrible, terrible. Et là, je vis seule. C'est quelque chose dont je peux vous parler. À l'époque où Louis était parti en formation, je me suis dit, ça y est, je n'ai plus le gamin à la maison, je suis établie dans ma vie, j'avais acheté ma maison. Le boulot, ça roule. Je me suis dit, je vais penser un peu à ma vie et peut-être essayer de rencontrer quelqu'un. Quand Louis est décédé, dans la semaine, je devais rencontrer par la première fois quelqu'un avec qui j'avais un peu échangé. Donc évidemment, tout ça. Et aujourd'hui, je n'ai plus du tout envie de rencontrer quiconque et que je vivrai vraiment comme une intrusion dans ma vie. Ça, c'est quelque chose d'assez radical. Et moi, c'est ce que je disais à une amie il y a pas longtemps. Je disais, mais qu'est-ce que je suis contente de rentrer d'être seule, qu'il n'y ait personne qui partage ma vie. Je ne peux pas partager ce que j'ai vécu, je ne peux pas le partager avec quelqu'un. Si c'était quelqu'un qui a vécu la même chose que moi. Si, peut-être quelqu'un qui aurait vécu la même chose que moi, éventuellement peut-être. En fait, je ne serais plus en mesure de partager ou d'avoir une relation amoureuse avec quelqu'un qui n'a pas la même blessure que moi. Aujourd'hui, en tout cas, j'en serais incapable. J'ai l'impression que j'en serais incapable. Parce que ça prête trop de place en moi. J'ai comme une pieuvre là dans tout mon corps et je n'ai pas de place dans la tête pour n'importe quel moment léger en tout cas. Et comme je vous disais, je peux aller à un dîner avec des gens, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Donc ça, c'est un pendant de légèreté, mais il ne faut pas que ça dure longtemps. Je peux faire des sorties, mais il ne faut pas que ça soit trop long. Est-ce que je n'ai pas de place en fait ? Depuis tout à l'heure, vous m'en parlez. Votre personnalité a changé si j'entends bien un peu. Certains aspects du monde, c'est ça. Avant, vous étiez peut-être plus contrôlante. Vous êtes peut-être plus patiente aujourd'hui. J'essaie de bien comprendre. Oui, c'est ça. Je n'ai pas l'impression d'avoir perdu mon patience. Au contraire, peut-être. Peut-être au contraire. Je suis très patiente ou passive. Pas forcément passive. Je suis très patiente. Ça, c'est quelque chose. Je n'ai jamais été impatiente, agacée comme tout le monde. Je suis très patiente. La patience, c'est qu'on attend quelque chose qui va avoir un impact sur nous. On est dans la patience de quelque chose, un événement ou d'un dossier qu'on attend. Comme là, il n'y a plus rien qui a d'impact sur moi. Du coup, je suis patiente parce que ça ne changera rien ma vie. Ça ne changera rien ma vie. Que j'obtienne quelque chose ou que la voiture devant avance plus vite ça n'a aucun impact sur moi. Ça ne me touche pas. J'ai l'impression d'être devenue pas insensible. Je peux regarder un film où on parle de suicide. Je me demandais si j'en serais capable. J'ai regardé un film qui parlait du suicide. J'ai une forme de détachement. Sur la vie en général, sur ce qui se passe autour de moi. Je suis assez détachée. Ça ne m'impacte plus comme ça m'impactait avant. Je suis quelqu'un de plutôt empathique. Je ne sais pas si je le suis moi. Si je fais connaissance avec quelqu'un, je vais peut-être moins chercher à la découvrir, à savoir qui elle est et pourquoi. Ça, c'est quelque chose qui a changé en moi. J'ai l'impression qu'il n'y a plus rien qui m'attend. Il y a d'autres aspects comme ça de votre personnalité qui ont changé dans un sens ou dans l'autre ? Je me suis refermée un peu sur moi-même. Je suis un peu moins fun. Peut-être qu'avant vous, j'aimais bien m'amuser, danser, sortir. Aujourd'hui, je l'ai refait depuis Louis. Ce qui a changé, c'est que je peux m'amuser, mais ça va être court. Je vais vite griller le peu d'énergie que j'ai. Je vais vite le consommer, je vais vite le griller. Cette énergie va être vite épuisée. Ça demande beaucoup d'énergie que d'avoir des relations sociales riges, variées. Je peux le faire, mais c'est comme si ma jauge ou mon réservoir, je suis sur la réserve tout le temps. J'ai pas beaucoup de sens. Je suis vite à sec. Ça a changé, c'est clair. Finalement, c'est aussi le rapport à vos émotions qui a changé ? Oui, complètement. J'ai mes amis, mon cercle proche. Je suis disponible, à l'écoute, mais peut-être pas comme avant. Quelqu'un qui me raconte tous ces problèmes de boulot et de relations sociales avec son chef, sa voisine, je sais pas qui. Je vais être disponible pour écouter, pour soutenir, mais si je suis complètement honnête, je me fous un peu, même avec les gens que j'aime. Là aussi, c'est pas quelque chose que je peux dire, mais au fond, je m'en fiche. Mais vis-à-vis de vous-même, vous l'acceptez ? Le fait que je m'en fiche un peu, oui. Je suis bienveillante avec moi-même. Oui, c'est un peu ma question. Je suis bienveillante avec moi-même et ce qui est bon pour moi, je l'accepte. Si vous voulez ce que je disais, si j'ai pas envie de faire quelque chose, je vais pas le faire, je m'impose rien. Je m'impose rien si ce n'est mes obligations. Ah, j'ai pas branché. Excusez-moi parce que j'arrive sur la batterie. Je l'avais branché, mais j'ai pas tout. J'ai perdu le fil. Vous êtes bienveillante avec vous-même. Si j'ai pas envie de faire quelque chose, si j'ai pas envie... Avant, j'aurais fait l'effort. Dans le cadre de mon métier, je rencontre beaucoup de gens, beaucoup de monde et j'ai toujours un mot pour tout le monde et comment ça va, tes enfants, et ton boulot, etc. Aujourd'hui, ça me coûte de le faire, donc je le fais beaucoup moins. Mais ça ne m'intéresse pas. En fait, je pense qu'il y a toutes ces relations sociales qu'on est obligé d'avoir dans le cadre de son métier parce que je pilote des gens et que le pilotage, ça fait partie aussi de l'intérêt qu'on porte à la personne. Tout ça, ça va avec. Mais aujourd'hui, ça me coûte. Aujourd'hui, je fais le minimum syndical qui est demandé dans le cadre des relations sociales et professionnelles. Après, dans le cercle d'amis, ça va être différent. Même si au fond de moi, quand on va parler de choses qui ne sont pas graves, à part la mort d'un enfant, il n'y a rien de grave. Au fond de moi, je m'en fiche un peu. Mais je vais porter de l'intérêt quand même, quand c'est mes amis, quand c'est ma famille, des gens que j'aime vraiment, qui sont dans mon cœur. Mais ça, ça a changé au niveau du boulot. Je vais dire bonjour, ça va. Puis c'est tout. Avant, j'aurais noué la conversation, j'aurais été curieuse de nouvelles personnes, de savoir qui elles sont, ce qu'elles font, qui sont leur passion, parce que c'est toujours chouette. Aujourd'hui, si on ne parle pas, ça ne m'intéresse pas vraiment. Donc ça, ça m'a changé, oui, ça m'a beaucoup changé. Et aujourd'hui, finalement, vous en êtes où ? Quels sont vos besoins ? Vous savez ? Non, mes besoins, je ne sais pas. J'ai besoin d'aller mieux, mais c'est pour ça que je suis allée voir un psychiatre. Je suis suivie par un psychiatre qui m'aide avec des antidépresseurs parce que j'avais cette volonté de me ressortir toute seule. Moi, j'ai fait de l'MDR, des choses comme ça, mais je ne voulais pas de solution médicamenteuse. Et je vois bien que ce n'est pas possible. Donc, quels sont mes besoins ? Non, j'ai juste besoin d'aller mieux. J'aimerais retrouver de l'énergie. Je suis en manque d'énergie. Je suis un peu vidée. Je suis fatiguée, je suis un peu vidée. Mais j'y crois, quoi. J'y crois. Je pense que ça va revenir. Mais voilà, je suis maléfique. Comment ? J'entends l'espoir. J'ai de l'espoir. Et puis j'ai envie, quoi. J'ai envie, mais c'est mon corps qui ne suit pas. Mon corps et ma tête qui ne suivent pas. Vous m'avez parlé de votre corps tout à l'heure. En effet, vous m'avez dit une pieuvre qui engloutit votre corps. Vous pouvez me parler un peu de vos sensations corporelles ? Oui, je me sens... Je me sens... Je me sens alourdie. Alourdie, ok. Je sens que j'ai le poids de tout ça sur tout mon corps, en fait. Et c'est ça qui me coûte beaucoup, quoi. C'est vrai que quand on dit qu'on se sent léger, c'est vrai, quand on se sent léger. C'est exactement le contraire. C'est en ça que tout me coûte parce que... C'est en ça que tout me coûte parce que je me sens lourde, en fait. C'est comme une machine comme celle qu'il faut que je mette en route. Et c'est difficile. Et c'est difficile de mettre cette machine en route. J'avance, mais... Après, je n'ai pas de symptômes à proprement parler de douleur. J'avais dit que j'irais chez l'ostéo, parce que après un événement comme ça, ça serait bien qu'elle me remette un peu en place. Puis finalement, vous voyez, c'est fait 16 mois que je ne suis pas allée. Je n'ai pas de symptômes. J'avais un peu peur de ça, curieusement. Je me dis que je vais me choper un truc. Parce que je baisse ma garde et je me dis que je vais me choper une maladie, je vais me choper, je vais perdre mes cheveux. Je pense que c'est curieux, je pense à ça. Je me dis que je n'ai plus de défense, je ne peux plus me battre, je n'ai plus la tête pour me battre contre quoi que ce soit. Mais je n'ai aucun symptôme. Je n'ai mal nulle part. Pas de problème de dos, rien du tout. C'est juste cette sensation vraiment de grande lourdeur et de poids sur les épaules. Vous avez eu la sensation d'avoir baissé la garde ? Je ne sais pas. Je n'ai pas trop d'idées là-dessus. Je ne me suis jamais posée la question. Non, parce que je pense que je suis capable de me battre. J'ai de la ressource en moi. J'ai peut-être un peu baissé la garde, mais je suis capable de me battre. Parce que j'ai un élément moteur qui reste ma fille. Donc je ferai tout pour être là pour elle, pour ne pas être un fardeau pour elle si j'étais malade ou quoi que ce soit. Donc s'il devait m'arriver quelque chose, j'ai l'impression que j'ai l'énergie de me battre. Je le sens, je le sens. Mais je suis empêchée là aujourd'hui, je suis empêchée. Et ça, c'est pénible. Et ça, c'est pénible d'être empêchée. Vous parliez de ce fardeau dont vous êtes chargée au début de l'entretien, c'est ça ? Oui, c'est vraiment la charge, le poids de ce deuil, de cette tristesse que je porte en permanence. Quand je suis au boulot tout le temps, même si je le porte, même si je vais m'amuser, même si je vais danser, je porte ça aussi sur les épaules. Ce qui explique que j'ai gris mon carburant beaucoup plus vite que tout le monde. Je suis beaucoup plus lourde, je n'ai pas cette légèreté, donc je consomme l'énergie beaucoup plus vite. Je n'ai pas baissé la garde, non ? J'essaye de me battre. Non, c'est ce qui me semblait, mais je voulais bien comprendre. Le MDR, c'était une psychologue MDR, que vous avez vu. Apportez des choses ou pas, ce que vous en pensez. Oui, ça m'a plu beaucoup de bien. J'ai bien aimé, j'y suis allée 6 ou 7 fois. Franchement, ça m'a fait du bien. J'arrivais, j'étais abattue quand j'attendais la salle d'attente. Et je repartais, j'étais vraiment bien. C'est vraiment des séances qui m'ont permis d'apprivoiser chaque moment, de nombreuses étapes dans cet événement. On a travaillé sur des étapes sur le suicide à proprement parler, le geste de Louis, de visualiser par terre, d'imaginer la scène. Ça m'a fait du bien parce que, comme je vous disais, il me manquait des maillots dans cette chaîne. Ça m'a vraiment fait du bien. J'ai arrêté parce que j'ai l'impression que j'étais arrivée un peu au bout. Ça m'a donné quand même quelques outils qui m'ont fait du bien, que j'ai pratiqués après, c'était une étape aussi. Des outils ? Dans ces séances, j'essaie de reproduire ces moments où j'avais des bontés un peu anxieuses, de grande anxiété, où j'étais vraiment pas bien. J'ai fait de la relaxation, de refaire des séances qu'on avait fait ensemble avec cette dame. Je suis assez réceptive. Du coup, ça m'a vraiment aidée. Ça m'a vraiment bien aidée. Je pense que c'est ce qui m'a permis aussi d'avancer. J'ai l'impression que, par rapport à d'autres parents, j'ai avancé sur mon chemin de deuil, même si on est tous différents, toutes nos histoires sont différentes. J'ai l'impression que ces séances du MDR m'ont permis d'avancer un peu plus vite. Je pense que j'ai pas gagné, mais j'ai quand même progressé. J'ai avancé sur mon chemin de deuil, un peu plus vite que d'autres. Ça m'a permis d'avoir un autre positionnement. Je suis dans le manque, dans l'absence, dans la tristesse, mais j'ai accepté. Le MDR m'a aidée à accepter, je pense aussi. C'était bien. J'ai bien aimé. Aujourd'hui, vous voyez un psychiatre. Est-ce que vous ressentez le besoin de, peut-être pas tout de suite, un peu plus tard, retravailler avec un psychologue ? Je sais pas. Aujourd'hui, j'aurais envie de dire non, mais là, je sais pas. Aujourd'hui, il faut déjà que je... Comme s'il fallait que je digère les choses, il faut un temps de digestion. Peut-être par la suite, pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Mais à aujourd'hui, non. Aujourd'hui, j'ai envie d'être... J'ai envie d'être seule avec moi-même. Oui, ça revient. C'est un besoin d'être seule, n'est-ce pas ? Oui. C'est un besoin d'être seule, c'est ça ? Ah oui, c'est pas du tout de la solitude. Et je ne souffre pas justement du fait d'être seule. J'en souffre absolument pas, au contraire. C'est un réel besoin. C'est un réel besoin. Parce que, encore une fois, quand je ne suis pas seule, ça me pèse. Quand je suis seule, je me recharge, et c'est des temps de réflexion, c'est des temps de discussion intérieure. Est-ce que je ne peux pas faire quand il y a du monde ? Même s'il n'y a qu'une seule autre personne, je ne peux pas. J'ai besoin de mon cerveau, j'ai besoin de me parler à moi-même. On a un grand besoin d'être seule. Et c'est pour ça, quand je vois qu'il y a des parents ou un couple et qu'il y a encore d'autres enfants à la maison, je me dis que ça doit être tellement plus difficile que pour moi. Je ne sais pas, je ne sais rien. Mais moi, le fait d'être seule, ça me fait beaucoup de bien. J'entends. Il y a ce dialogue intérieur que vous cultivez en ce moment. Oui. Un vrai dialogue intérieur. Je pense beaucoup. Je réfléchis beaucoup. Je pense. Ce n'est pas tout le temps à Louis, mais ça tourne quand même beaucoup autour de ça. Ça, c'était une vraie rupture par rapport à avant, ce besoin de solitude. J'ai toujours aimé un moment de solitude. Mais rapidement, j'étais contente d'être lundi pour voir du monde. Mais qu'aujourd'hui, si je peux télétravailer un lundi, si j'ai la possibilité de télétravailer un lundi, ça me va très bien. Et je vois bien, quand j'ai des journées où j'ai rencontré beaucoup de monde au travail, c'est dur. La fin de la semaine est très difficile. J'aimerais avoir une journée de télétravail dans l'espace possible, mais c'est un vrai besoin. J'ai pu en faire cette semaine, et ça m'a fait un bien fou. J'ai vraiment pris conscience cette semaine que j'ai besoin d'être chez moi, d'être seule avec moi-même. Être chez vous, d'être bien chez vous. Vous vous sentez bien ? Très, très bien. C'est mon lit, mon cocon, mon espace à moi. C'est mon lieu de protection. Et rien ne peut m'arriver ici. Je n'invite personne, en fait. Je n'invite personne. Je suis très bien chez moi. Même mes parents, que j'invite régulièrement, je ne l'invite plus. Je fais ce qui est bon pour moi. Et c'est tout. Je m'en fiche de ce qu'on peut en penser à l'extérieur. Je fais ce qui est bon pour moi, parce que je pense que dans cet événement, je suis la priorité. C'est pour que je sois bien. Je m'impose par des choses qui ne me font pas plaisir et qui me coûtent. Est-ce qu'on peut dire que vous prenez soin de nous ? Oui. J'ai envie d'arrêter sur ça, de rester là-dessus, si c'est ok pour vous. Est-ce qu'il y a des choses importantes à parler ? Je réfléchis. Ce qui est curieux, c'est que j'en parle avec plus personne aujourd'hui, de ce qui est arrivé à Louis, du pourquoi, du comment. Je suis contente de ne plus en parler. Paradoxalement, parfois, ça me manque de ne pas en parler. C'est un sujet douloureux pour les deux. On va parler de Louis, de Souvenir. Oui, de Souvenir. On va parler encore de lui qui a mergé, des choses que j'avais oubliées, ou que je ne connaissais pas, parce que c'était avec son frère. Mais on ne parle plus à proprement parler de pourquoi. C'est ça qui est très curieux. Je suis contente de ne plus en parler. Curieusement, des fois, j'aimerais en parler aussi avec lui. C'est la question que j'arrive à vous poser. Je ne peux en parler à personne. Tout le monde a continué sa vie. J'ai franchi tellement d'étapes que les autres ne connaissent pas. Si j'en parle à quelqu'un, le retour que je vais avoir ne me conviendra pas. À part si c'est un professionnel. Mais sinon, mes amis et ma famille, je ne peux pas en parler. Des fois, j'en veux un peu. Ça ne dure pas longtemps, mais aux gens autour de moi qui ne se rendent pas compte de ce que je vis. Notamment au travail, avec la charge de travail, avec ce qu'on demande, avec les déplacements. Des fois, j'ai envie de le dire. Tu te rappelles quand même de ce que j'endure. Des fois, j'aimerais sortir un petit panneau. Rappelle-toi que c'est dur pour moi. Mais en même temps, je ne voudrais pas que je le vivrai mal si on veut ménager aussi. Peut-être que je le vivrai mal aussi. C'est un peu étrange comme sensation. Peut-être qu'il y a quand même un autre Dieu qui existe aussi. Peut-être. Surtout qu'au travail, je ne montre rien. J'assume le mieux possible tout ce que je dois faire. Des fois, j'aimerais un peu de... Je ne pense pas que c'est de la compassion. Je ne sais pas. Des fois, j'aimerais avoir ce petit panneau que je pourrais sortir. Peut-être que c'est des fois le panneau et des fois pas. C'est très compliqué ça dans la tête. On veut ou on ne veut pas. C'est important de l'avoir ajouté, merci. C'est vrai qu'on en a peu parlé. Vous aviez parlé du fait que ce n'est pas visible. Et en même temps, c'est arrivé. Et quand je revois des gens que je n'ai pas vus depuis la mort de Louis, j'ai revu une vieille connaissance qui était aux obsèques de Louis. Elle est déjeunée ensemble et qui me demande comment ça va. Je n'ai pas envie de revenir là-dessus. Je peux savoir que le boulot se passe bien. Mais comme si ce n'était jamais rien passé. Des fois, je peux voir que les gens sont un peu étonnés et qu'ils ont ce regard un peu de compassion. Je n'ai pas envie de rentrer là-dedans. Parce que ça va encore me foutre à plat. Donc je préfère contourner. Et puis reprendre le masque pour savoir que le boulot est bien. C'est plus facile de porter un masque que de se livrer. Comme Louis en fait. Et en même temps, vous avez ce dialogue intérieur ? Oui, c'est peut-être ça. Parce que j'ai le dialogue intérieur effectivement. Ça me fait peut-être une sorte d'équilibre. Je ne sais pas. C'est un peu une question. Encore une fois, c'est mon histoire. Et ça relève de l'intime maintenant. Ça a été public. L'argent. Parce qu'il y a eu des gens qui sont aux obsèques, qui sont instituteurs. Donc ça a été public. Aujourd'hui, ça relève de l'intime. Les personnes dans mon activité, si je les y invite, bien évidemment, si je les autorise. Mais je n'ai plus envie de ça. Je ne veux pas. Par contre, j'ai une très bonne amie qui comprend. Si elle m'appelle et que je ne décroche pas, alors qu'elle sait que je suis chez moi, elle sait que je ne suis pas bien et que je n'ai pas envie de discuter. Donc ça, c'est bien. C'est des gens qui comprennent. Ça, c'est le cercle proche, dans un cercle plus élargi. Ça ne se passe pas tout à fait comme ça. Je vais donner un petit peu le change. Pas de se justifier, mais un petit peu quand même. Et le silence quelque part. Oui. Le respect, c'est bien ça. J'ai des bons amis. Ce qui change aussi le rôle d'œil, c'est qu'on découvre des gens, des personnes à qui on avait une relation plus éloignée. Ils se sont rapprochés du cercle de l'intime. On a découvert, parce que dans cette expérience, ils ont eu les mots. J'ai découvert des personnes. A contrario, des personnes qui étaient proches ou éloignées d'elles, parce qu'à côté de la plaque, mais pas par méchanceté, par maladresse. Du coup, ça fait des blessures supplémentaires. Je suis déjà assez blessée. Je n'ai pas envie d'essayer de raccrocher des gens qui m'ont blessée par-dessus, même de manière alimentaire. Je me suis éloignée aussi. Oui, c'est important ça aussi. Le cercle de relations qui va bouger. Oui. Des personnes qui vont plus rentrer dans notre vie ou qui vont plus en sortir, c'est ça ? Oui, il y a vraiment un réajustement qui se fait comme ça, avec des cercles qui s'éloignent, qui se rapprochent. Ça change beaucoup au niveau du cercle, même de la famille, dans toute forme de relation. Oui, il y a beaucoup de changements. Parce qu'on change soi-même, parce que j'ai changé. Eux ne sont toujours les mêmes, je pense. Eux n'ont pas changé, c'est moi qui ai changé. C'est mon rapport à eux qui est différent. Et eux, c'est les mêmes personnes. Mais encore une fois, je m'en fiche. Pas grave. L'essentiel n'est pas là. C'est une question de valeur ? Et de priorité ? De priorité, oui. Encore une fois, je suis bienveillante avec moi-même. Je fais ce qui me fait du bien. Je ne m'oblige pas à rien, parce qu'on a toujours des obligations. Je ne m'oblige pas à des choses qui ne sont pas indispensables. Mais vous êtes à l'essentiel au minimum. Ça dépend de ce que l'on voit. Voilà, c'est ça. Aller à l'essentiel, ce qui me fait du bien. Le reste n'a pas trop d'importance. Est-ce qu'il y a d'autres sujets ? C'est important, j'ai conscience. Je voulais savoir ce qui vient après. On a vu pas mal de choses. Je vous remercie pour votre temps. Je vous remercie pour votre confiance. Je vous remercie aussi. C'était agréable de discuter avec vous. C'est intime tout ce que vous m'avez confié. Merci. C'est précieux aussi. Cacher d'en faire le meilleur usage. C'est bien si ça peut vous aider. Je pense que tous les témoignages sont différents. Je pense qu'il y a autant de témoignages que de personnes qui ont vécu ça. Dans votre chemin d'apprentissage, de vos études, si ça peut apporter quelque chose. Oui, je pense. C'est une petite contribution. Les 10 fils, on verra bien. Je vais faire tout pour. Très bien. Comment avez-vous vécu cet échange ? Est-ce que ça va ? Non, ça va. Je vous dis que toute la journée, j'étais pas bien. Ce matin, je me demande pourquoi je ne suis pas bien. Je me suis trinée toute la journée. J'avais des choses à faire. Je pense que c'était l'entretien. Au même titre, quand je vais voir le psychiatre, c'était l'entretien, le savoir de revenir dessus. Je me sens bien. J'ai bien aimé la qualité de nos échanges. Même vous, personne qui vous êtes. Du coup, non, ça va. Je me sens bien. Je parlerai après à Loulou. Parfois, je lui demande pardon. Parfois, je lui écoute. J'ai encore à manger, je suis arrivée là-dessus. Des fois, je lui dis qu'il ne faut pas mon boulon. J'en ai besoin. Je parlerai à Loulou après. C'est tout. Je lui retourne à mes occupations. Je vous remercie. Je me permets de prendre quelques secondes pour rendre un hommage. Quand c'est OK pour vous, vous me dites. On prend quelques temps. J'arrêterai l'enregistrement. C'est vous qui faites. Je me laisse un peu portée. D'accord.