# 2015-06-10T08:37:02.572155
# http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/06/09/dans-le-18e-arrondissement-riverains-et-militants-se-mobilisent-contre-l-evacuation-de-migrants_4650715_1654200.html
Les migrants ne sont pas venus. Trop de police, trop de bruit, trop de tout. Ils ont préféré ne pas se montrer lors du rassemblement pour les soutenir, mardi 9 juin. Durant la journée, ils étaient allés et venus du Bois-Dormoy, un square à deux pas de l’esplanade où les CRS les ont délogés hier, dans le 18e arrondissement de la capitale, aux quelques pauvres repères qu’ils ont dans la capitale parisienne. Cet espace vert est devenu leur camp de base, après le métro La Chapelle, l’esplanade Saint-Bernard, et la rue Pajol.
A 18 heures, quelque cinq cents personnes se sont massées rue Pajol, au lieu même où les CRS avaient hier chassé la centaine de migrants africains installés. Pour donner du courage à ceux qui ont passé la nuit en rétention administrative à Vincennes ou au Mesnil-Amelot et sont parfois déjà passés devant le juge. « Pour s’opposer aux violences policières, aussi », rappelle Nadia, une étudiante en master 1 d’histoire à la Sorbonne. « On ne doit pas laisser passer ce genre d’agression dans notre pays », observe la jeune femme, qui se présente comme une voisine puisqu’elle partage une colocation à Barbès.
Autour d’elle, les CRS attendent impassibles et le micro passe de main en main. Elus et militants de gauche prennent tour à tour la parole. Le discours est rodé. La plupart resservent celui qu’ils répètent depuis la veille. A eux se sont joints quelques militants de collectifs de sans-papiers. Doukane Donga est l’un d’eux. Quinze ans qu’il est en France, « dans ce pays qui n’assume pas sa responsabilité d’accueil », regrette-t-il. « Les Européens ont créé de la misère en exploitant les matières premières de nos pays d’origine et aujourd’hui ils refusent de payer la facture en accueillant. C’est inadmissible  », estime-t-il, largement applaudi par un auditoire acquis à la cause.
Dans ce quartier mélangé, Dheepa Raji, une femme d’origine indienne, la quarantaine, observe le défilé. « Moi, je suis là depuis dix ans. C’est dur la France. On m’a expliqué ce qui se passe là. J’avais vu beaucoup de policiers, mais je ne savais pas que les Africains étaient à Pajol, commente-t-elle. Moi, je ne donnerai pas parce que j’ai déjà perdu des heures de ménage. Et avec les enfants il faut beaucoup d’argent », explique-t-elle en s’engouffrant dans une porte à la peinture un peu plus qu’écaillée, rue Marx-Dormoy.
Des sans-badge qui sont descendus, comme Sandrine Gianola, « parce que parfois on ne peut plus rester à regarder à sa fenêtre », observe cette femme qui habite juste au-dessus du lieu de l’évacuation, rue Pajol. « Avant l’assaut d’hier, je n’étais pas intervenue. Je ne fais pas partie du collectif de riverains qui aident beaucoup. Mais là, franchement, je ne pouvais pas continuer mes activités comme si de rien n’était », explique la jeune femme portant sa fille de 4 ans dans les bras. « J’ai participé au cordon qui protégeait les migrants et j’ai été très choquée de la brutalité de l’intervention », assure-t-elle. Son fils de 10 ans ne cesse depuis de l’interroger sur ce que signifie vraiment le triptyque « liberté-égalité-fraternité » au regard des événements de son quartier. « La maîtresse les a beaucoup fait travailler l’éducation civique cette année, et là il est très en colère d’observer que, dans la pratique, ça ne marche pas », exposee cette jeune mère de famille qui n’appartient à aucun parti.
De fil en aiguille, Nadia, 21 ans, explique que ses parents aussi ont connu le difficile moment de l’arrivée en France. « Je n’aime pas le raconter. Ça fait partie de mon intimité, mais ce qui s’est passé dans mon quartier hier me renvoie à mon statut de fille d’immigrés, regrette-t-elle. Mon père est italien et m’a souvent raconté qu’il est longtemps resté “le Rital”. Là je n’ose pas imaginer le temps que ces gens mettront à s’intégrer s’ils obtiennent l’asile ici. On n’est pas un pays raciste, mais parfois, c’est pas loin. »
A côté, trois jeunes femmes asiatiques au look soigné ont consciencieusement fermé la boutique Phila Nails. Curieuses, elles regardent à travers la vitre le drôle de cortège, plus fort que la circulation habituelle, puisque le flot de voitures a laissé place à ses piétons chantant. Le haut-parleur amplifie doucement un refrain assez basique limité à « So-so-solidarité avec les réfugiés »… Peu à peu, le cortège s’effiloche. Les marcheurs optent tout à coup pour un bus. Le temps a passé vite pour eux, contrairement aux migrants qui ont du mal à trouver le sommeil.
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Une fois les discours terminés, le cortège s’est acheminé vers le square où quelques migrants étaient installés. « C’est important que les gens sachent où ils sont car ils manquent de tout », explique Pablo Livigni, un jeune homme du service d’ordre. « On a bien travaillé aujourd’hui. On a récupéré des conserves, des sandwichs. Les riverains ont apporté pas mal de brioches pour le petit déjeuner, mais il va nous falloir d’autres sacs de couchage, et je ne parle même pas des matelas », ajoute-t-il.
En fait, lui et les autres militants espèrent que l’étude de faisabilité sur l’ouverture d’un centre pour migrants, par la Mairie de Paris va pouvoir devenir une réalité. Côté Ville de Paris, on explique qu’Anne Hidalgo étudie la faisabilité de ce projet qui intégrerait un espace d’information à destination des populations étrangères et proposerait des hébergements pour les personnes en transit.
Dans l’assistance, il suffit de regarder la couleur du badge pour savoir à qui l’on parle. Le vert d’Europe Ecologie-Les Verts est autant représenté que le rouge du Nouveau Parti anticapitaliste ou du Parti communiste français ; aux côtés des autocollants Front de gauche, ils traduisent le degré de politisation du mouvement. Pourtant, ce rassemblement bon enfant a aussi laissé une large place aux riverains, les apolitiques, engagés parfois par hasard dans ce combat.
# 2015-06-10T08:39:12.263856
# http://www.lemonde.fr/
Le film « Much Loved », du réalisateur marocain, sera censuré dans son pays. En traitant de la prostitution, il renverrait une image dégradante du royaume. Mais ce n’est qu’un déni de réalité, tant le sexe fait l’objet d’un commerce répandu.
Très reprise, une nouvelle étude de l’Unicef sur les enfants pauvres en France ne fait pourtant que rappeler des chiffres pour la plupart tristement connus.
Dans une tribune au « Monde », l’ancienne ministre écologiste exhorte le chef de l'Etat à adopter une politique de l’immigration responsable et cohérente avec les valeurs de la France.
Ces petites surfaces sont mises en location à plus de 41 euros le mètre carré. L’encadrement des loyers, dont la publication du décret est imminente, pourrait concerner 40 % des T1 parisiens.
La plus puissante fédération de football du monde est structurellement une machine à créer de la rente et à corrompre. Et ce n’est pas la candidature de Michel Platini qui modifiera la donne, explique l’économiste Gaël Raballand.
Adulé dans sa spécialité, le « deep learning », ce chercheur recruté par Facebook dirige le laboratoire d’intelligence artificielle créé à Paris par le réseau social.
L'équipe de France fait partie des favorites de la Coupe du monde qui se déroule jusqu'au 5 juillet au Canada. Plongée au coeur de la sélection de Philippe Bergeroo.
Pour Philippe Subra, professeur à Paris-VIII Saint-Denis, l’affaire du barrage de Sivens est peut-être le signe d’une radicalisation des mouvements écologistes, mais aussi de l’essoufflement des instances de concertation.
Acheter pas cher, revendre vite : le collectionneur et marchand américain Stefan Simchowitz n’a pas peur de passer pour un spéculateur. Loin de faire l'unanimité, ce provocateur s’est imposé sur le marché de l’art.
Conséquence de la stratégie européenne pour contrer la montée en puissance de l'Américain SpaceX, Airbus Safran Launchers (ASL) va prendre le contrôle du leader mondial des lanceurs de satellites.
# 2015-06-10T08:42:30.942043
# http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/06/10/l-assemblee-vote-la-suppression-du-livret-de-circulation-pour-les-gens-du-voyage_4650732_3224.html
Le texte, présenté par le député PS Dominique Raimbourg, abroge la loi de 1969 qui faisait obligation aux gens du voyage de détenir un livret de circulation, sous peine d’amende. Elle avait été partiellement abrogée en 2012, et, en novembre dernier, le Conseil d’Etat avait donné deux mois au gouvernement pour abroger les deux articles prévoyant encore cette obligation, dénoncée jusqu’à l’ONU.
Les députés ont voté dans la nuit de mardi 9 à mercredi 10 juin, la suppression du livret de circulation imposé aux gens du voyage, ainsi que le renforcement des pouvoirs des préfets pour la construction d’aires d’accueil, un point vivement contesté par l’opposition.
Sans s’opposer sur le principe à la suppression du livret de circulation, Annie Genevard a estimé que ne pas le remplacer aboutissait à faire, d’un point de vue administratif, des gens du voyage des personnes « sans domicile stable ». De même, le président du groupe UDI, Philippe Vigier, a reproché devant la presse à l’Etat de fuir ses responsabilités, car « il y a des terrains de l’Etat » qui pourraient accueillir des gens du voyage.
Actuellement, 65 % des 41 500 aires d’accueil prévues depuis la loi Besson de 2000 dans les communes de plus de 5 000 habitants ont été ouvertes. Après une mise en demeure aux communes et aux intercommunalités défaillantes, le préfet pourra consigner les sommes nécessaires dans les budgets locaux, puis, après une nouvelle mise en demeure, se substituer à elles avec ces fonds.
L’Assemblée nationale a ainsi adopté en première lecture une proposition de loi socialiste sur « le statut, l’accueil et l’habitat » des quelque 350 000 à 400 000 gens du voyage français, dont 100 000 voyagent toute l’année. Tous les groupes de gauche l’ont soutenue, tandis que Les Républicains et l’UDI se sont prononcés contre. La proposition de loi doit maintenant être débattue au Sénat
« Aujourd’hui, il est temps de reconnaître que les voyageurs sont des citoyens », a souligné Dominique Raimbourg, en rappelant « l’histoire souvent sombre » qu’a connue cette population en France. Cette proposition de loi, a-t-il résumé, réalise « ce qui est le plus noble dans l’art de la politique : faire vivre ensemble des gens différents ».
Autres dispositions de la loi de 1969 supprimées : l’obligation faite aux gens du voyage d’être inscrits dans une commune de rattachement pour pouvoir voter, et le seuil de 3 % de la population au-delà duquel le maire peut refuser leur inscription. Par ailleurs, la proposition de loi renforce les pouvoirs du préfet en matière de construction d’aires d’accueil.
La ministre du logement, Sylvia Pinel, a apporté le soutien du gouvernement à un texte qui « renforce les droits et les devoirs des uns et des autres ». Au contraire, pour Yannick Moreau (Les Républicains), les mesures votées « ne font qu’alléger les devoirs des gens du voyage envers les communes quand celles-ci sont contraintes à des efforts administratifs et financiers toujours plus importants ». Sa collègue Annie Genevard a accusé le gouvernement et la majorité de « stigmatiser les élus locaux », obligés de « réparer et reconstruire ce qui a été cassé, détruit, démoli, chaque année, dans les aires d’accueil ». « Vous vous préparez à une colère dont vous n’avez même pas idée », a-t-elle lancé en évoquant les futures réactions des élus locaux à la consignation de leurs fonds.
Le texte favorise aussi une diversification des terrains d’accueil des gens du voyage, avec notamment le développement des terrains familiaux locatifs pour ceux qui souhaitent se sédentariser. Enfin, pour lutter contre les occupations illicites de terrain par des gens du voyage lorsque des aires d’accueil existent, la proposition de loi prévoit que la mise en demeure d’un préfet contre une occupation illicite continuera de s’appliquer si les intéressés procèdent à un nouveau stationnement illicite dans un délai de sept jours. Elle réduit aussi à quarante-huit heures, contre soixante-douze heures actuellement, le délai laissé au tribunal administratif pour statuer sur un recours déposé contre une mise en demeure.
# 2015-06-10T08:43:24.662125
# http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/06/10/dans-le-parc-congolais-des-virunga-l-armee-a-la-solde-du-petrolier-soco_4650727_3212.html
Jusqu’à présent, l’UNESCO n’a été saisie d’aucune demande de modification des limites du parc. « La remise en cause des critères ayant permis le classement des sites répond à une procédure très complexe. Toute demande doit être déposée avant le 1er février de l’année et l’instruction du dossier prend en général 18 mois », explique Leila Maziz, responsable des sites africains. Un délai qui donne au moins deux ans de sursis aux Virunga. A condition que le gouvernement congolais respecte la Convention sur le Patrimoine mondial dont il est signataire.
Interrogé par Global Witness sur l’existence de ces versements, Roger Cagle, vice-PDG de SOCO, a répondu que « ni lui [major Feruzi] ni aucun autre soldat n’ont jamais été employés par SOCO. Tous les ordres reçus [par les soldats] émanent du gouvernement congolais. […] De plus, tous les arrangements financiers ont entièrement été pris en accord avec le gouvernement, et en toute transparence. »
L’histoire n’est cependant pas terminée. La redéfinition des limites du parc pour ouvrir la voie à l’exploitation pétrolière est une option ouvertement débattue à Kinshasa.
A voir, le documentaire Virunga, qui montre le travail acharné et au péril de leur vie des quelques personnes qui essayent de défendre le parc face aux activités destructrices et aux méthodes violentes de Soco.
Jusqu’à présent SOCO avait toujours refusé de reconnaître avoir versé de l’argent au major Burimba Feruzi et à ses hommes — officiellement placés auprès de la compagnie par les Forces armées de RDC pour assurer la sécurité des employés. En particulier au moment des opérations d’exploration sismique sur le lac Edouard au printemps 2014.
En avril 2014, le directeur du parc des Virunga, Emmanuel de Mérode, a été attaqué et grièvement blessé alors qu’il venait de remettre auprès du procureur de la République de Goma, un dossier à charge contre le groupe pétrolier. Human Right Watch a interpellé officiellement le gouvernement congolais en juin 2014 en demandant qu’une enquête soit ouverte sur les violences et les tentatives de corruption menées envers les gardes du parc et les activistes locaux.
Dans la région, il semble en effet que le major Feruzi et ses hommes soient bien connus pour leurs méthodes. Des témoignages recueillis par des ONG et par des journalistes de la BBC font état de menaces et de coups reçus par des défenseurs de l’environnement. Des pêcheurs qui tirent leur subsistance du lac Edouard, ont déclaré avoir été détenus en voulant s’opposer aux activités de SOCO. Deux d’entre eux sont morts dans des circonstances non élucidées. Major Feruzi est également accusé d’avoir offert 3 000 dollars de pot-de-vin à un des gardes du parc.
Contactée par Le Monde, SOCO précise qu’elle « n’a jamais nié financer le travail effectué par l’armée congolaise pour assurer la sécurité de son personnel et de ses contractants lors des opérations sismiques. Mais elle réfute toute allégation laissant penser que ces financements pourraient être liés à des actes d’intimidation ou de violence », à l’égard des communautés et des activistes hostiles au projet d’exploitation pétrolière.
Sous la pression de l’UNESCO et des ONG internationales, Total a pris l’engagement en 2013 de ne pas prospecter dans le parc des Virunga. En juin 2014, après avoir terminé les études d’exploration, SOCO s’est à son tour engagée à ne plus y travailler.
Le feuilleton trouble du Parc national des Virunga, en République démocratique du Congo (RDC), convoité par les compagnies pétrolières étrangères vient de connaître un nouveau rebondissement, mercredi 10 juin. L’existence de transactions financières entre des soldats de l’armée congolaise et les représentants de la société britannique SOCO International — la seule à avoir procédé à des opérations d’exploration au cœur du site classé au patrimoine mondial de l’Unesco — a été mise au jour par l’organisation non gouvernementale (ONG) Global Witness.
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Les documents révélés par l’ONG britannique mercredi, alors que doit se tenir à Londres l’assemblée annuelle de l’entreprise, montrent que le major Feruzi a reçu, en deux temps, la somme de 42 250 dollars entre avril et mai 2014. Il s’agit de quatre chèques endossables sur le compte de SOCO à la Banque internationale de crédit à Goma et de deux lettres manuscrites signées par le militaire reconnaissant le versement de cette somme à titre de « salaires et de per diem » par Damas Vunabandi, chargé du protocole et de la logistique chez SOCO depuis 2010.
Comme la major française Total, SOCO a obtenu un permis d’exploration de l’Etat congolais en 2011. Le bloc V qui lui a été attribué, couvre une superficie de 7 500 km² dont une grande partie du lac Edouard qui est pour l’UNESCO, « un des piliers de la valeur universelle du site des Virunga ». Une population d’environ 50 000 personnes vit de la pêche autour du lac. Crée en 1925, le plus vieux parc naturel d’Afrique est en outre connu pour abriter une importante population de gorilles des montagnes, une espèce menacée d’extinction.
Fin juin, lors du Comité du patrimoine mondial qui se réunira à Bonn, il sera une nouvelle fois demandé au gouvernement congolais d’annuler les permis accordés aux compagnies pétrolières.
